art. 178, 3 mai 2016 | document | Pierre Emmanuel : «[“Lazare”] fait, je crois, avancer la double science de la mort et de la vie.»

A l’occasion du centième anniversaire de la naissance du  grand poète que fut Pierre Emmanuel, Michaël de Saint-Cheron, qui l’a fréquenté en amitié, nous propose ce magnifique texte que l’écrivain rédigea en 1996 en hommage à Malraux.

Le texte de Pierre Emmanuel est suivi de l’article donné à La Croix le 11 avril 2016 par Michaël de Saint-Cheron : «L’Insupportable oubli du centenaire de Pierre Emmanuel».


 

 

Pierre Emmanuel

 

«[Lazare] fait, je crois, avancer, la double science de la mort et de la vie.»

 

«Malraux ? De mon ami de toujours, Jean Lescure, à son fils adoptif Alain, en passant par mes jeunes amis Philippe [Michaël] et François de Saint-Cheron, j'ai connu bien des gens qui l'ont approché de près, qui l'ont vu vivre au quotidien et me décrivent sa spontanéité, la richesse de sa culture, son humour aussi. Moi, je n'ai connu que le grand homme. Un grand homme est un monument qui impressionne, et, quand il est un monument de la culture, la sienne, inévitablement, fait apparaître notre propre pauvreté. Telle fut toujours mon attitude devant Malraux – d'insuffisance révérencielle, si j'ose dire.

«Devant lui, l'interlocuteur n'en était pas un et n'avait qu'à écouter. L'écouter presque sans penser, comme on rêve : ses rêves étaient immenses et accueillants. Je crois, en fait, qu'il a tout rêvé : la Chine, l'Espagne, la France, et aussi l'histoire de l'art. Rêves plus vrais, plus réels que nous appelons «nature» – la vérité des grands rêves se situe dans l'insondable, au fond de l'homme en chacun de nous.

«Peut-être l'essence de l'humanité de cet homme est-elle dans deux de ses livres, que séparent près de quarante années : Les Noyers de l'Altenburg et Lazare. Deux livres, d'ailleurs, où la même scène hallucinante – une attaque aux gaz – fait saisir la grandeur élémentaire de cet être tout simple qu'est l'homme devant les épreuves absolues de sa condition.

«André Malraux n'avait peut-être qu'une religion, celle de l'honneur de l'homme, – mais c'est une religion qui les contient toutes sous un aspect fondamental.

«Lazare nous rend sensibles, face à la mort, individuelle et collective, tous les gestes de cet honneur depuis ceux de l'instinct jusqu'à l'attention la plus consciente. C'est un livre initiatique, celui de l'initiation de Malraux lui-même.

«Il fait, je crois, avancer la double science de la mort et de la vie.»

 

Pour télécharger le texte de Pierre Emmanuel.

 

 

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Pour télécharger ce document (le texte de 1996)

 

 

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Aller à l’excellent site officiel de Pierre Emmanuel.

 


 

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Télécharger l’article de Michaël de Saint-Cheron

paru dans La Croix le 11 avril 2016