art. 195, février 2018 • Evelyne Lantonnet : «Malraux et la guerre d’Espagne. De la transcription à la transfiguration» – inédit

 

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Malraux et la guerre d’Espagne : le romancier face à l’Histoire. De la transcription à la transfiguration

 

 

Dans L’Homme précaire et la littérature, Malraux revient à plusieurs reprises sur le cas Flaubert. Son objectif n’est pas tant de rendre hommage que de s’interroger : s’interroger sur le roman, genre que Malraux a pratiqué, avant qu’il n’atteigne ses limites et perde sa spécificité dans Les Noyers de l’Altenburg ; s’interroger sur la littérature ou de manière plus aiguë, sur l’acte d’écriture. Cette double investigation, dont l’origine est la remise en question, apparaît comme chargée de la méditation que Malraux a poursuivie depuis Les Voix du silence sur les modalités de l’oeuvre d’art et les finalités de l’artiste.

Bien avant cette phase de réflexivité critique et de questionnement théorique qui s’ouvre en 1951, Malraux a publié son second grand roman L’Espoir qui, après La Condition humaine, rend compte de l’Histoire de son temps. À peine cette qualification de roman historique est-elle recevable, car, si pour la révolution chinoise, six années séparent le commencement de l’intrigue et la parution du roman, pour la guerre d’Espagne, le récit est écrit sur le vif, l’entrelacs du vécu et du narré conduisant les contemporains à parler de « roman reportage ».

Une telle qualification pourrait induire que le romancier s’est contenté de retracer les événements vécus, qu’il les a soigneusement transcrits en suivant les méthodes des romanciers réalistes, alliant observation et documentation et en respectant le parti- pris d’objectivité, dont Flaubert s’entretient dans sa correspondance avec Louise Collet. Cependant, à cette transcription, dont le mérite le plus saillant serait la fidélité au réel, ne faut- il pas substituer la transfiguration, qui laisse sa place à l’imagination, en tant que faculté d’invention et à l’imaginaire, conçu comme « domaine de formes » ?

En considérant ces deux méthodes – transcription des faits ou transfiguration de la réalité selon des perspectives historiques, symboliques ou mythiques -, peut-être sera-t-il instructif de placer en regard de la démarche de Malraux, praticien du roman dans L’Espoir, les schèmes qui sous-tendent L’Homme précaire et les écrits sur l’art, pour finalement déceler, bien au-delà de la réalité, quels processus engendrent ou stimulent la création artistique.

 

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