art. 222, juin 2018 | document • «Les trésors archéologiques de l’Afghanistan. Une mission de fouilles françaises», «L’Illustration», 29 novembre 1924.

Présence d'André Malraux sur la Toile, article 222, juin 2018

Revue littéraire et électronique de <www.malraux.org>  / ISSN 2297-699X

 


 

L'Illustration, n° 4265, 29 novembre 1924, p. 491-491.


 

 

Les trésors archéologiques de l'Afghanistan

Une mission de fouilles françaises

 

C'est en 1923 qu'une délégation archéologique française obtint, pour trente années, la concession des fouilles en Afghanistan. Elle commença son œuvre par un travail préliminaire de prospection et par une série de voyages destinés à permettre l'établissement d'une carte des sites archéologiques exploitables.

Djelalabad, Hadda, la Kaboul bouddhique, dans la vallée du Kaboul; les monuments de Tcharikar et l'ancienne Kapiça, à l'entrée de la vallée du Pandjchir; Ghazni, la capitale de Mahmoud le Ghaznévide; l'impressionnant ensemble de Bamiyan, au pied de l'Hindou Kouch; Haibak, de l'autre côté des passes, ont été jusqu'à présent étudiés.

La délégation, composée d'abord de M. Alfred Foucher, professeur à la Sorbonne, auteur du magistral Art gréco-bouddhique du Gandhara, et de M. André Godard, architecte, qui vient de rentrer en France, comprend actuellement M. Foucher et M. Hackin, conservateur du Musée Guimet. Ils sont tous deux à Balkh, l'ancienne Bactres. M. Jouveau-Dubreuil, professeur à Pondichéry, vient de leur être adjoint pour le temps d'une saison de fouilles à Kapiça.

Hadda, située à quelques milles au Sud-Ouest de Djelalabad, était aux temps bouddhiques un lieu de pèlerinage très fréquenté. Le pèlerin chinois Fa-Hian, qui vivait au quatrième siècle de notre ère, raconte qu'on y vénérait un os du crâne du Bouddha exposé sur un trône d'or, sous une cloche de cristal. Le site est particulièrement riche en ruines bouddhiques. Nos archéologues y ont commencé le déblaiement d'un ancien couvent devenu riche sanctuaire. La quantité et la qualité des statues et des monuments votifs accumulés dans la cour centrale et dans les cellules des moines font de l'endroit un véritable musée d'art gréco-bouddhique. Seuls des artistes grecs ou des indigènes nourris de traditions grecques, possédant des modèles grecs ou des copies de modèles grecs, ont pu exécuter certaines des statues découvertes.

[…]

La calme et claire vallée invite à la halte et au repos. Pour le voyageur qui allait entreprendre la longue et rude traversée de l'Hindou Kouch, comme pour celui qui l'avait heureusement accomplie, c'était l'arrêt presque forcé. En cet endroit, tout naturellement, grâce aussi à la présence fortuite d'une haute falaise verticale merveilleusement apte à être taillée et creusée, une importante cité religieuse se constitua, vivant de la générosité des passants.

Des milliers de grottes artificielles, couvents, sanctuaires, habitations passagères des voyageurs trouent la falaise, autour des colossales images du Bouddha. Les deux grandes statues debout, qui furent toujours la principale curiosité de la vallée, se dressent encore, quoique très mutilées, au fond de leurs niches trifoliées. La plus petite, qui est la plus ancienne, mesure plus de 35 mètres de hauteur, l'autre atteint 53 mètres. Trois statues plus petites, celles-ci assises, les accompagnent.

Elles furent tout d'abord épannelées grossièrement dans la masse même de la montagne. Puis leurs formes furent précisées au moyen d'un revêtement de mortier de chaux armé d'une quantité de petits piquets de bois. Un enduit métallique les recouvrit enfin, si parfaitement qu'Hiuan Tsang a pu croire que la plus petite des deux grandes idoles avaient été fondue en bronze.

Leurs niches, autrefois brillamment décorées, gardent encore des traces de fresques qui sont pour nous les vestiges archéologiques les plus précieux de Bamiyan. Ces peintures, les seules connues actuellement entre l'Inde et l'Asie centrale, ont été exécutées du quatrième au sixième siècle. Celles qui décorent le sommet de la niche du Bouddha de 35 mètres, avec leurs divinités astrales, leurs portraits de donateurs aux coiffures sassanides, nous peuvent peut-être évoquer cette peinture sassanide dont nous savons si peu de chose. Les peintures du ressaut de la niche du Bouddha de 53 mètres, d'une école et d'une main beaucoup plus habiles, nous ramènent, par le ton chaud de leurs couleurs et l'élégance toute calligraphique de leur dessin, à l'Inde et à l'Asie centrale.

Des milliers de grottes (l'historien Aboul Fazel les évalue à 12.000) s'ouvrent dans les falaises de la vallée de Bamiyan, ainsi qu'à l'entrée des vallées secondaires. Il s'en faut, naturellement, que toutes présentent un intérêt archéologique ou artistique. La plupart sont de simples galeries qui s'enfoncent perpendiculairement dans la montagne et servaient d'abri provisoire aux pèlerins, aux marchands et même aux animaux des caravanes. Les plus importantes, presque toutes groupées dans la falaise des Grandes Idoles, servaient de couvents et de sanctuaires.

Les premiers couvents furent tout d'abord construits en plein air, au pied de la falaise où se taillait la première image colossale du Bouddha, mais les moines ne tardèrent pas à leur préférer des grottes plus confortables et mieux défendues contre les rigueurs du climat. Les couvents extérieurs furent délaissés. Peu à peu, de bas en haut, la falaise entière fut forée, creusée, aménagée. De multiples escaliers desservirent à toutes hauteurs couvents et sanctuaires.

Pendant des siècles entiers, ce travail gigantesque n'eut pas de cesse. Certains de ces couvents dépendaient directement des grandes statues dont ils étaient, pour ainsi dire, les desservants. D'autres, tout à fait indépendants, se composaient d'un certain nombre de salles, sanctuaires, salle de réunion de la communauté, cellules de moines, magasins divers, disposés autour d'un vestibule largement ouvert sur la vallée et auquel un escalier particulier donnait accès.

Ces grottes étaient ornées de décorations, peintes ou sculptées, qui ont disparu, mais que l'on pourrait en partie retrouver sous l'épaisse couche de suie qui les recouvre aujourd'hui. Des relevés ont été faits des plus caractéristiques de ces ensembles. Des copies ont été exécutées des vestiges de fresques visibles encore dans les niches des Bouddhas.

Ces documents archéologiques de grande valeur, ainsi que ceux qui ont été rapportés de Djelalabad, de Hadda, de Ghazni, seront exposés cet automne prochain au Musée Guimet. Ils formeront l'embryon d'une collection qui ne tardera pas à s'augmenter, sans doute, des nouvelles découvertes de la délégation archéologique à Bactres et à Kapiça.

 

Les illustrations accompagnant cet article seront mises en ligne prochainement.

Pour télécharger l’article entier.