art. 230, novembre 2018 • Claude Corbo : «André Malraux au Québec, 1963 : propos et discours»

 Présence d'André Malraux sur la Toile, article 230, novembre 2018

Revue littéraire et électronique de malraux.org / ISSN 2297-699X


 

Claude Corbo

André Malraux au Québec, 1963 :

 Propos et discours

 

Table des matières

 

Introduction                                                                                                                        

Note sur la présente étude                                                                                       

Interventions d’André Malraux :

  1. Entretien avec les médias (7 octobre 1963)
  2. Allocution au Conseil municipal de Montréal (10 octobre 1963)
  3. Vernissage de l’exposition de peinture française contemporaine (10 octobre 1963)
  4. Inauguration de l’exposition industrielle et économique française (11 octobre 1963)
  5. Allocution au déjeuner offert par l’Ambassade de France et la Chambre de commerce française de Montréal (11 octobre 1963)           
  6. Allocution au dîner d’État offert par le gouvernement du Québec (11 octobre 1963)
  7. Propos lors de la visite à l’hôtel de ville de Québec (12 octobre 1963)
  8. Propos tenus à l’Université Laval de Québec (12 octobre 1963)
  9. Vernissage d’une exposition d’art appliqué français contemporain (14 octobre 1963)
  10. Allocution au déjeuner offert par la ville de Montréal (14 octobre 1963)
  11. Rencontre avec des écrivains, des artistes, des musiciens, des gens de théâtre du Québec (14 octobre 1963)                                                                         
  12. Allocution à l’Université de Montréal (15 octobre 1963)
  13. Conférence de presse au départ (15 octobre 1963)

Annexe 1. Lettre de Me Maurice Riel à Georges-Émile Lapalme, le 15 janvier 1972.

Annexe 2. Discours d’André Malraux à l’inauguration de la Maison du Québec à Paris, le

 5 octobre 1961                                                                                                       

Annexe 3. André Malraux au Québec en 1963. Bibliographie selon Claude Pillet.                                   

*

Introduction

 

Si la France veut réellement s’intéresser à la francophonie

il nous semble qu’elle doit commencer à agir là où se trouve,

en dehors de France, l’îlot le plus important, le plus fort

et le mieux organisé mais aussi le plus attaqué, le plus menacé

par l’érosion quotidienne.

Georges-Émile Lapalme à André Malraux,

octobre 1963.

 

Entre le 7 et le 15 octobre 1963, André Malraux, aventurier et anticolonialiste, romancier réputé et prix Goncourt en 1933, écrivain d’art1, anti-fasciste militant et combattant avec les Républicains pendant la Guerre civile d’Espagne, résistant qui dirige, sous le nom de «Colonel Berger», la brigade Alsace-Lorraine pendant la Deuxième Guerre mondiale, compagnon politique du général Charles de Gaulle dès 1945 et pendant les années précédant le retour au pouvoir de ce dernier en 1958, ministre d’État chargé des Affaires culturelles du général de 1959 à 1969, créateur des maisons de la culture, visite le Canada, c’est-à-dire Ottawa, et, pour l’essentiel de son séjour, le Québec.

Deux voyages contrastés

Ce n’est pas le premier voyage de Malraux au Canada2. En 1937, de la fin de février à la fin de mars, il visite les États-Unis (New York, Philadelphie, Washington, Hollywood, Los Angeles, San Francisco) à l’invitation de plusieurs universités, de diverses organisations de gauche, de la revue The Nation. Il vient témoigner de la guerre civile qui déchire l’Espagne et qu’il présente comme le début d’une nouvelle guerre mondiale opposant les régimes fascistes totalitaires à la démocratie. Il vient aussi solliciter des appuis pour l’Espagne républicaine, des appuis tant politiques que financiers. Il intervient dans un contexte où, malgré le soutien militaire actif de l’Italie de Mussolini et de l’Allemagne d’Hitler à la rébellion nationaliste d’une partie de l’armée espagnole dirigée par le général Francisco Franco, la Grande Bretagne et la France démocratiques et d’autres pays libres s’enlisent dans l’aveuglement d’une politique de non-intervention. Sur le chemin du retour en Europe, il s’arrête à Toronto, le 2 avril, et à Montréal, les 3 et 4 avril.

Dans cette dernière ville, il prononce, le 4, un discours dans une église protestante devant un millier de personnes réunies sous l’égide du Comité d’aide médicale à l’Espagne fondé par le Dr Norman Bethune. Cependant, les élites canadiennes-françaises catholiques de diverses orientations se tiennent loin de Malraux. Comme l’écrit Hervé Bastien, «si Malraux passe pour un agitateur communiste chez les nationalistes, la méfiance envers lui n’est pas complètement absente des milieux libéraux», tout ceci valant à l’écrivain ce que Bastien résume comme un «accueil assassin»3. Cette distance est d’autant plus voulue par ces élites que l’Assemblée législative du Québec vient d’adopter à l’unanimité, sur proposition du premier ministre très conservateur Maurice Duplessis, la Loi protégeant la province contre la propagande communiste, loi sanctionnée le 24 mars et qui permet au gouvernement de fermer, pour une durée d’un an, tout édifice qui, au jugement de la police, peut être utilisé pour propager des «idées communistes», non définies par ailleurs (d’où son sobriquet de «Loi du cadenas»). Cela dit, conclut Bastien, «l’écrivain fait salle comble»4.

Par contraste avec la visite initiale de 1937, en 1963 André Malraux visite le Québec à titre très officiel. Il est l’invité du gouvernement du Québec (officiellement de celui du Canada), en sa qualité de ministre d’État chargé des Affaires culturelles de la Ve République française, ministre qui siège à la droite du Général de Gaulle dans les conseils des ministres. C’est donc dire qu’il est accueilli avec de très grands égards, à Ottawa d’abord, mais surtout au Québec. Tout au long de la partie québécoise de la visite, il prend plusieurs fois la parole en public, devant des publics variés et dans des contextes différents. Et, pendant cette même partie québécoise de son périple, il a pour compagnon de tous les jours et de tous les déplacements, pour guide, pour interprète des réalités québécoises, et pour lien avec le gouvernement hôte, son homologue québécois, Georges-Émile Lapalme, ministre-créateur en 1961 du ministère des Affaires culturelles.

 

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Le siège du gouvernement du Québec

 

 

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