Clara Malraux (1897-1982)

 

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Malraux

 

 

 

Malraux

 

Présentation de l’oeuvre littéraire de Clara Malraux.

 

Chronologie : voir Christian de Bartillat, Clara Malraux. Biographie et témoignage, Paris, Perrin, 1985, p. 197-201.

 

Les textes autobiographiques de Clara Malraux :

—     1963 : Le Bruit de nos pas, t. I : Apprendre à vivre, Paris, Grasset, 1963.

—     1966b : Le Bruit de nos pas, t. II : Nos Vingt Ans, Paris, Grasset, 1966.

—     1969 : Le Bruit de nos pas, t. III : Les Combats et les jeux, Paris, Grasset, 1969.

—     1973 : Le Bruit de nos pas, t. IV : Voici que vient l'été, Paris, Grasset, 1973.

—     1976a : Le Bruit de nos pas, t. V : La Fin et le commencement, Paris, Grasset, 1976.

—     1979 : Le Bruit de nos pas, t. VI : …Et pourtant j'étais libre, Paris, Grasset, 1979.

 


 

 

Récapitulations bibliographiques.

 

Les publications concernant Clara Malraux

 

de Bartillat, Christian

  • 1985 : Clara Malraux. Le Regard d'une femme sur son siècle. Biographie-témoignage, Paris, Librairie académique Perrin, 1985. (Nouvelle émission en 2002.)

de Courtivron, Isabelle

  • 1992 : Clara Malraux, une femme dans le siècle, Paris, éd. de l'Olivier, 1992

D., P.

  • 1976 : «Clara Malraux : témoin …et exorciste», Rouge, 25 novembre 1976, p. 11.

Goessl, Alfred F.; Champagne, Roland A.

  • 1984 : «Clara Malraux's Le Bruit de nos pas : biography and the question of women in the “case of Malraux”», Biography, vol. 7, n° 3, été 1984, p. 213-232.

Gorrara, Claire

  • 1996 : «Feminist rereadings of the war years : the case of Clara Malraux», French Cultural studies, vol. 7, n° 1, février 1996, p. 63-76.

Lavers, Annette

  • 2003 : «André et Clara Malraux. Engagement et sexualité ou comment l’existence vient aux femmes», in Gislinde Seybert [édit.], Das literarische Paar. Intertextualität des Geschlechterdiskurse, Bielefeld, Aistesis Verlag, 2003, 417-440.

Perrein, Michèle

  • 1976 : «“Mon cher brigand réveille-toi…”», entretien avec Clara Malraux, Les Nouvelles littéraires, n° 2554, 14-21 octobre 1976, p. 18.

Sanjabi, Maryam B.

  • 1998 : «Le Royaume farfelu de Clara Malraux : a Persian journey of self-discovery», Bookbird, vol. 36, n° 2, été 1998, p. 13-18.

Witherell, Louise

  • 1983 : «A modern woman’s autobiography : Clara Malraux», Contemporary literature, vol. 24, n° 2, été 1983

 

Les publications de Clara Malraux concernant André Malraux

 

Malraux, Clara

  • 1953 : Par de plus longs chemins, Paris, Stock, 1953.
  • 1963 : Le Bruit de nos pas, t. I : Apprendre à vivre, Paris, Grasset, 1963.
  • 1966a : «Malraux par Clara Malraux», Les Nouvelles littéraires, n° 2038, 22 septembre 1966, p. 1 et 13. (Compte rendu et extraits de 1966b.)
  • 1966b : Le Bruit de nos pas, t. II : Nos Vingt Ans, Paris, Grasset, 1966.
  • 1969 : Le Bruit de nos pas, t. III : Les Combats et les jeux, Paris, Grasset, 1969.
  • 1973 : Le Bruit de nos pas, t. IV : Voici que vient l'été, Paris, Grasset, 1973.
  • 1976a : Le Bruit de nos pas, t. V : La Fin et le commencement, Paris, Grasset, 1976.
  • 1976b : «Vingt Ans avec Malraux», France-Soir, 28-29 novembre 1976, p. 2.
  • 1977 : «Jeune Homme et homme jeune», La Revue des deux mondes, octobre-décembre 1977, p. 335-368 : «Il y a un an mourait Malraux», p. 339-342.
  • 1979 : Le Bruit de nos pas, t. VI : …Et pourtant j'étais libre, Paris, Grasset, 1979.
  • 1986 : Nos Vingt Ans, Paris, Grasset, 1986. (Reprise du dernier chapitre de Apprendre à vivre, 1963, et la totalité de Nos Vingt Ans et de Les Combats et les jeux, 1966b et 1969)
  • 1992a : Le Bruit de nos pas, Paris, Grasset, 1992. (Reprise de 1963, 1966 et 1969.)
  • 1992b : «Clara Malraux : “Ma vie d'aventures avec un homme d'exception”», propos de 1979 recueillis par Jean-Marie Rouart, Le Figaro, n° 14830, 27 avril 1992, p. 34, (Le Figaro littéraire, p. 8).
  • 1996a : «Jeune Homme et homme jeune», La Revue des deux mondes, novembre 1996 : «Les Mille et un Visages de Malraux», p. 124-129. (Reprise de 1977.)
  • 1996b : Nos Vingt Ans, Paris, Grasset, 1996, (coll. «Les Cahiers rouges», n° 238). (Nouvelle émission de 1986.)

 

 

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Résumés libres des six volumes :

 

 

Jacqueline Giroud

 

Résumés libres des six volumes du Bruit de nos pas (1963-1969)

  

 

Clara Malraux : Le bruit de nos pas,  t. I. Apprendre à vivre (1963)

 

Clara Goldschmidt naît en 1897 à Paris dans une famille bourgeoise juive-allemande. La naturalisation française est accordée aux Goldschmidt en 1905.

Petite fille rêveuse, s'inventant des personnages, marchant, dit-elle, dans l'irréel avec plus d'aisance que dans le réel, Clara, entourée de ses deux frères, a une enfance heureuse et insouciante, malgré la sévérité de la nurse tchèque : «Fräulein». Très tôt, elle s'adonne à la lecture et trouve du plaisir à écrire de petits poèmes enfantins. Toutefois, dotée d'un fort caractère, la bambine choisit parfois la crise pour obtenir ce qu'elle veut.

Comme de nombreuses fillettes, Clara idolâtre son père au point de ressentir, parfois, de la jalousie devant l'amour fusionnel que partagent ses parents.

Scolarisée dans une école catholique, élevée dans une famille non-pratiquante, nurse protestante, Clara se sait juive, sans en comprendre la signification. C'est lors d'un séjour à Magdebourg, en Allemagne, chez ses grands-parents maternels, où elle trouve un second foyer durant ses vacances que, prise à parti par des camarades de jeux, la fillette découvre, ébahie, la violence que peut engendrer le fait qu'elle soit juive. Jusque alors, il ne s'agissait que d'un détail insignifiant à ces yeux.

La vie de Clara bascule l'année de ses 13 ans, lorsque son père meurt, après une longue maladie pulmonaire. Effondrée par la mort de ce père tant aimé, elle fait toutefois preuve d'indulgence envers sa mère anéantie par la douleur, qui aura ces paroles si violentes : «J'aurais donné mes trois enfants, pour garder mon mari». Mûrie par ces épreuves et malgré son jeune âge, Clara se sent responsable de sa mère et de son frère cadet et les soutient du mieux qu'elle peut.

Très vite, ensuite, elle se révolte, prend conscience de certaines injustices : inégalités raciales, différence de classes sociales, contraintes imposées aux femmes…. Elle ira même jusqu'à inciter ses camarades d'école à faire la grève pour obtenir un chauffage dans leur salle de classe. Clara comprend, à ce moment-là, que la vie est un combat et qu'il faut lutter pour ce que l'on croit juste.

Dès 1914 et les années suivantes, alors que Clara poursuit ses études au lycée Molière, l'insouciance disparaît; son grand frère Maurice, de retour d'Angleterre, est mobilisé; peu après, son ami d'enfance, Pierre, est tué au front; les Allemands avancent.

Alors que Clara a 20 ans, sa mère fait l'objet d'une action en dénaturalisation et tous ses biens lui sont séquestrés durant la procédure. Clara, courageuse, prend les choses en mains, constitue un dossier, trouve un avocat parmi ses connaissances et, suite à d'interminables formalités, un non-lieu est obtenu.

La guerre se termine enfin et Clara n'a qu'une envie : profiter de la vie et de son indépendance. C'est pourquoi, après une rupture amoureuse, elle part pour Florence durant quatre mois. Son attrait pour la littérature ne l'a pas quittée depuis son adolescence, mais, à Florence, elle se découvre une nouvelle passion : la peinture.

De retour à Paris, elle fait des traductions pour La Revue. De par ses connaissances en littérature et en peinture, elle évolue dans un milieu d'artistes où elle côtoie des écrivains, des peintres… C'est dans ce cadre-là qu'elle fait la connaissance d'un jeune dandy, qui la séduit par son éloquence, son intelligence et sa culture. Très rapidement, ils tombent amoureux et projette un voyage à Florence.

Ce jeune homme se nomme André Malraux.

 

 

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Clara Malraux : Le Bruit de nos pas, t. II : Nos vingt ans (1966)

 

Clara Goldschmidt et son nouveau compagnon, André Malraux ne se quittent plus. Ils partagent tout : leur amour, leur temps, leurs passions, leurs amis.

Nous sommes en 1921, Clara a vingt-quatre ans alors qu'André n'en a que vingt. Lors d'un voyage à Florence, André, malgré son jeune âge, propose à Clara de se marier dès leur retour. Pour André, enfant de parents divorcés, agnostique, le mariage n'est pas un passage inévitable mais plutôt un moyen de préserver Clara et sa famille de l'opprobre.

A leur retour d'Italie, les fiancés sont accueillis froidement par la famille Goldschmidt. Toutefois, André réussit, par son charisme et sa verve, à séduire la mère et les frères de sa dulcinée. C'est ensuite au tour de Clara d'être présentée au père d'André et une sympathie réciproque s'installe entre eux, qui perdurera.

 Après leur mariage, les époux s'installent au 1er étage dans la maison familiale de la mariée et Clara peut disposer de sa fortune, jusque-là gérée par son oncle, fortune qui, par la suite, sera transformée par André en titres boursiers.

Les mois suivants ne sont que voyages : Strasbourg, Prague, Vienne, Berlin… et découvertes : Rembrandt, Chirico, Matisse… Spengler, Keyserling, Kayser, Freund… Entre deux destinations, André publie des textes libertins distribués clandestinement, ce qui amuse Clara.

Mais, toute bonne chose a une fin. André est appelé pour son service militaire à Strasbourg. L'idée de perdre son temps en faisant des exercices stupides loin de Clara ne lui plaît guère. C'est pourquoi, dès son arrivée sous les drapeaux, il absorbe régulièrement de grandes quantités de granulés de caféine, ce qui le rend haletant et fiévreux. Sa ruse est couronnée de succès : il est réformé au bout de trois semaines pour cause de troubles cardiaques.

Cependant, les ennuis ne sont pas finis. En raison des fluctuations boursières, la fortune héritée de Clara, transformée en titres, est réduite à néant. Le couple est ruiné. Clara, qui n'a pas été habituée à manquer de ressources financières, est inquiète mais André, qui sait rebondir, la rassure et lui expose son idée. Ils vont se rendre au Cambodge, dans la région d'Angkor, afin d'y prélever quelques statues khmères et fragments de bas-reliefs, pour les vendre ensuite en Amérique.

Après avoir préparé minutieusement leur expédition, Clara et André partent pour leur long voyage rendu possible par la générosité du père d'André. De longs mois de labeur et de difficultés de toutes sortes sont nécessaires pour la concrétisation de leur projet et, en fin d'année 1923, ils sont de retour à Phnom-Penh avec des caisses remplies de leur précieuses découvertes. Mais la police contrôle leurs «bagages» ; tout bascule. Clara et André sont inculpés pour vol de bas-reliefs. Les jeunes gens essaient, tant bien que mal, de se défendre en disant qu'ils n'ont fait que découvrir et prendre des œuvres à l'abandon qui, s'ils ne les avaient pas emportées, seraient très vite devenues des amas de pierres. Rien n'y fait; un procès aura lieu.

Le couple n'ayant plus aucun argent pour l'hôtel, Clara simule une tentative de suicide et se retrouve à l'hôpital où elle décide de ne plus s'alimenter. Elle ne pèse plus que 36 kg. Elle passe devant un juge qui estime qu'elle peut être innocentée car elle n'a fait que suivre son mari. De ce fait, elle est libre et doit, encore une fois, recourir à la bonté de son beau-père, pour le voyage du retour.

Sur le bateau qui la ramène en Europe, Clara, encore fragilisée par les souffrances physiques et psychiques de ces derniers mois, fait la connaissance de deux personnes. D'une part, Paul Monin, avocat, qui prendra par la suite une grande importance dans la vie des Malraux et, d'autre part, Charles G. avec lequel la jeune femme a une aventure.

De retour en France, Clara apprend par la presse qu'André a été condamné à trois ans de prison ferme au Cambodge. Clara est anéantie ; ce n'est pas auprès de sa famille qu'elle trouve une quelconque empathie. Sa mère et ses frères exigent qu'elle divorce et tentent de la faire interner. Clara ne veut rien entendre et ses frères la mettent dehors. Toutefois, quelques jours plus tard, la Providence fait qu'elle va trouver une famille de substitution. Clara rencontre, pour la première fois, la mère (Berthe), la grand-mère (Adriana) et la tante (Marie) d'André; ces trois femmes, sympathiques, qui ont élevé André dans un milieu modeste, apportent à la jeune femme un réconfort chaleureux et bienvenu.

Avec l'aide d'André Breton, Paul Monin et Marcel Arland, Clara rédige le texte d'une pétition demandant la clémence de la justice pour André Malraux. Cette pétition, parue dans Les Nouvelles littéraires et signée par un grand nombre d'écrivains connus, semble avoir atteint les juges du Cambodge : la révision du procès a lieu et la peine réduite à un an d'emprisonnement avec sursis. André va pouvoir rentrer; Clara exulte, elle va enfin pouvoir le retrouver.

Au bout d'environ cinq semaines, André est de retour. Après la joie des retrouvailles, quelques nuages viennent assombrir le bonheur du couple. Clara est déçue par André : non seulement il ne la remercie pas pour les démarches qu'elle a entreprises pour lui éviter la prison, mais il lui reproche d'être entrée en contact avec sa mère. André est aussi déçu par Clara qui lui avoue son infidélité sur le bateau.

Mais le couple, toujours amoureux, surmonte ces difficultés passagères et, peu de temps après, André, toujours bouillonnant d'idées, annonce à Clara qu'ils vont bientôt repartir, tous les deux, à Saïgon, pour y lancer un journal libre avec Paul Monin.

Et les voilà repartis pour l'Indochine…

 

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Clara Malraux : Le Bruit de nos pas, t. III, Les Combats et les jeux (1969)

 

Au début de l'année 1925, Clara et André Malraux, après un long voyage de plus d'un mois, arrivent à Saïgon où les attend Paul Monin, avocat établi depuis plusieurs années au Vietnam et fondateur de La Vérité, journal qui a disparu depuis quelques mois.

Malraux et Monin ont l'intention de créer un journal libre. A Saïgon, les quotidiens sont nombreux mais tous aux mains du Gouvernement, sauf L'Echo annamite et La Voix libre.

Afin de préparer au mieux leur projet, André et Clara passent trois mois à visiter le pays, rencontrer les gens et constatent la grande pauvreté, en particulier celle des villageois.

Dans le but de toucher un plus grand nombre de lecteurs, André demande au Gouvernement une autorisation de parution de leur futur journal, non seulement en français, mais également en annamite imprimé en quôc-ngu [1]. Cette autorisation lui est refusée. Dès lors, le journal ne paraîtra qu'en français.

En mai 1925, L'Indochine paraît pour la première fois et porte comme sous-titre Journal quotidien de rapprochement franco-annamite. Il couvre les informations internationales et locales et, avec virulence, défend les indigènes contre les abus les plus criants de la colonisation, dénonce les injustices et l'arbitraire.

Grâce aux contacts échangés par Clara avec Payot et Hachette, divers articles parus dans Candide et Les Nouvelles littéraires sont repris dans L'Indochine. A ceux-ci s'ajoutent des publications de journaux anglais traduites par Clara.

Le quotidien offre une vraie lecture intellectuelle, un contenu diversifié et, ce qui est inédit, un grand nombre de photos. Pour toutes ces raisons, L'Indochine se vend très bien et les tirages augmentent rapidement, Toutefois, ce succès attise les antipathies de la concurrence et du Gouvernement.

Quelques mois seulement après la création du journal, le Gouvernement édicte une loi qui interdit à tout imprimeur d'imprimer des journaux français et interdit à toute personne de les lire. Dès lors, c'est la fin de L'Indochine.

Non découragés, Clara et André décident de passer outre et d'imprimer eux-mêmes un nouveau journal, bi-hebdomadaire, qui s'intitulera L'Indochine enchaînée. A cet effet, ils partent à Hong-Kong et acquièrent d'anciens caractères d'imprimerie.

Néanmoins, pour différentes raisons, cette nouvelle aventure ne dure guère : manque de moyens financiers et de lecteurs, mauvaise qualité du papier, impression artisanale, etc. De plus, Paul Monin décide d'aller s'établir à Canton.

Clara et André Malraux décident alors de rentrer en France. Ils ne sont aucunement touchés par ces échecs. Au contraire, ils ont tenté et vécu une expérience qui leur a beaucoup apporté humainement.

 

*

 

Clara Malraux : Le Bruit de nos pas, t. IV, Voici que vient l'été (1973)

 

De retour du Vietnam, André et Clara Malraux s'installent quai de Passy, à Paris et se retrouvent voisins de la mère d'André. Par hasard, Clara découvre que sa mère, qui a vendu la maison familiale, habite également le quartier. De sa fenêtre, Clara la voit parfois passer dans la rue mais n'ose l'appeler de peur de subir un rejet. Toutefois, le destin les met un jour face-à-face et ces retrouvailles sont des instants de bonheur pour chacune d'elles.

Toute à sa joie, Clara en informe son époux qui la surprend par cette remarque : «Eh bien, je ne me sens plus responsable de vous». Interloquée, la jeune femme n'a jamais eu le sentiment qu'il se sentait responsable d'elle et, d'ailleurs, elle n'aurait pas accepté une telle situation alors qu'elle se veut indépendante.

En perpétuel manque d'argent, le jeune couple vit dans un appartement modeste, meublé sommairement par des caisses qui leur servent de table et d'assises. Clara est de temps en temps mandatée par Gallimard pour des traductions alors qu'André se consacre uniquement à l'écriture de son prochain roman. Néanmoins, André doit faire une pause forcée car des rhumatismes articulaires le clouent au lit pendant trois mois, mais il peut s'appuyer sur le dévouement total de son épouse durant cette période.

En 1928, la parution des Conquérants apporte à André la considération qu'il attendait de ses pairs. Il est invité dans le milieu littéraire et les Malraux reçoivent souvent des intellectuels chez eux. Dans ces moments-là, André relègue volontairement Clara au rôle de maîtresse de maison alors que lui aime briller et étaler ses connaissances, n'hésitant pas à user de son côté mythomane. Dans ses récits, notamment du Cambodge, Clara est absente et il ne doit sa libération que grâce aux annamites qui ont lancé une pétition…

Clara souffre particulièrement de cette situation, elle, si indépendante, se retrouve muselée et n'est reconnue que dans le rôle de «femme de…». Malgré tout, elle aime cet homme, reconnaît son génie, mais tout cela ne l'empêche pas d'être blessée par ses humiliations. Peut-être est-ce pour cela qu'elle prend parfois des amants : pour se sentir exister et être reconnue en tant que Clara.

En 1930, un nouveau roman d'André paraît : La Voix royale. Ce succès est malheureusement entaché par le décès du père d'André, Fernand Malraux qui se suicide. Clara en est très affectée car elle aimait beaucoup son beau-père et André se sent responsable de ces deux jeunes demi-frères : Claude et Roland.

En 1931, André propose un voyage à Clara. Elle est ravie car les voyages permettent au couple de se retrouver. Ils partent dès lors pour la Perse : Ispahan, Kaboul, Baloutchistan. Arrivés dans cette dernière destination, à Rawalpindi, ils réussissent à acquérir, à moindre prix, des têtes gréco-bouddhiques et des sculptures gandhariennes qu'ils envoient en France et qu'ils retrouveront à leur retour. Leur voyage se poursuit par la Chine, notamment à Canton où André déclare que son prochain roman se déroulera ici et qu'il s'appellera «La Condition humaine». Le couple poursuit son périple : Pékin, le Japon, New York.

De retour à Paris, les Malraux contactent Gallimard qui accepte de monter une galerie pour présenter leurs acquisitions. Cependant, André avait promis à Clara qu'elle pourrait se charger d'organiser les expositions mais il mandate une autre personne pour cette fonction. Clara est, une fois de plus, frustrée.

Quelque temps plus tard, Clara qui a 35 ans, ressent impérativement le désir d'avoir un enfant et réussit à convaincre André. En 1933, une petite fille naît, surnommée «l'objet» par André durant trois jours, avant qu'il ne propose de l'appeler Florence, en souvenir de leur bonheur éprouvé dans cette ville. La mère de Clara, qui habite au rez-de-chaussée des Malraux, s'occupent très souvent de la petite.

1933 est riche d'évènements pour André : la naissance de sa fille, la publication de La Condition humaine, le Prix Goncourt et la rencontre avec deux femmes qui vont compter dans sa vie : Louise de Vilmorin, avec laquelle il a une brève liaison durant l'été et Josette Clotis, jeune provinciale, journaliste chez Gallimard, qui devient sa maîtresse régulière dès la fin de l'année.

Toutefois, à partir de là, commence une période sombre : c'est la montée du fascisme, du nazisme et du stalinisme. Afin de lutter contre ces périls, l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires ainsi que le Comité de vigilance des intellectuels se créent et André s'y investit grandement. Pour faire front également, les premières manifestations communistes ont lieu à Paris en février 1934. Clara adhère totalement aux idées communistes.

En 1934, les époux Malraux se rendent à Moscou pour assister au premier Congrès de l'Union des écrivains soviétiques. A cette occasion, André fait un discours remarqué et salué par de vibrants applaudissements.

  

 

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Clara Malraux : Le Bruit de nos pas, t.  V, La Fin et le Commencement

 

En 1935, en pleine période troublée par la montée du fascisme et également celle des fronts populaires, le Congrès international des Ecrivains se tient à Paris. Présidé par Malraux et Gide, ce congrès est constitué d'une grande partie d'écrivains de gauche. Très marqué politiquement, cet événement laisse toutefois un autre souvenir à Clara, notamment celui d'André déclarant : «Une œuvre d'art est une rencontre avec l'histoire». Clara est toujours admirative de ce qu'elle considère comme le génie de son mari. Pour elle, c'est la première fois que l'art et l'histoire se voient réunis.

Cependant, les tensions et disputes chez les Malraux sont de plus en plus fréquentes, chacun faisant preuve d'une susceptibilité exacerbée. Par exemple, Clara se rapproche du couple formé par Aragon et Elsa Triolet, peut-être par provocation envers André qui ne les apprécie guère. Toujours avec exagération, André lance à Clara une de ses phrases dont il a le secret : «Vous aimez être amie avec mes ennemis». De plus, leurs infidélités respectives n'arrangent rien.

Toutefois, Clara et André se sont toujours rapprochés et unis en face de l'adversité. C'est pourquoi, en 1936, après l'insurrection espagnole et suite à une rencontre entre André et Pierre Cot, Ministre de l'Air, les Malraux partent pour Madrid. Pour faire front aux franquistes, André crée et prend le commandement d'une escadrille. Clara ne reste pas inactive; elle se joint à un groupe de femmes françaises «Les femmes de Paris au Ve Régiment» avec pour mission de distribuer du lait condensé aux enfants.

D'autre part, lors de ses fréquents retours en France, Clara œuvre à la résistance allemande et participe aux activités du groupe révolutionnaire Neu Beginn. Les Juifs sont pourchassés en Allemagne et, ceux qui le peuvent, fuient. C'est le cas notamment de Freund, Einstein, Oppenheimer, des frères Mann…

Lors de ses séjours à Paris, Clara peut aussi retrouver de Florence, gardée par sa grand-mère maternelle, au domicile des Malraux. La mère de Clara, ne pouvant plus avoir de contacts avec sa famille allemande, reporte tout son amour sur sa petite-fille.

En décembre 1936, André, toujours en Espagne, est victime d'un accident d'avion et s'en sort miraculeusement avec quelques contusions. Quelques semaines plus tard, la guerre civile espagnole prend fin, les franquistes ayant pris le pouvoir. Avant de rentrer en France, Malraux se rend à la Sierra de Teruel organiser le retour des hommes morts ou gravement blessés.

A son retour, André, poursuivant son engagement politique en faveur de l'Espagne, se rend aux Etats-Unis pour récolter des fonds en faveur de l'Espagne républicaine. Josette Clotis l'accompagne durant ce voyage. Il faut se rendre à l'évidence : rien ne peut sauver le couple Malraux et la séparation a lieu quelques mois plus tard.

Clara doit apprendre à vivre sans André. D'ailleurs elle dit : «André fut pour moi une intoxication beaucoup plus grave que l'opium… Malgré tout, je ne me suis jamais ennuyée avec lui».

La mère de Clara se suicide en 1938 et Clara n'a désormais plus que sa fille auprès d'elle. A cause de ces origines juives, les années suivantes furent sombres pour Clara, comme pour tant d'autres. Les Allemands l'ayant repérée par son activité au sein du mouvement Neu Beginn, Clara travaillant pour le journal de gauche Le Voltigeur, elle doit fuir Paris, avec Florence, et se réfugier dans Les Causes puis à Toulouse.

En 1942, André fixe un rendez-vous à Clara pour l'informer qu'il a un fils de Josette et que, pour cette raison, sa compagne souhaite qu'il divorce. Clara lui explique que la situation serait catastrophique pour elle car elle perdrait sa nationalité française et que Florence serait aussi en danger. André sait tout cela et n'insiste pas.

Hiver 1944, Clara est heureuse : elle et sa fille sont vivantes.

 

[1]    Système d’écriture alphabétique du vietnamien fondé sur l’alphabet latin. (C’est, depuis le début du   XXe siècle, l’écriture officielle du vietnamien.)

 

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Clara Malraux : Le Bruit de nos pas, t.  VI, …Et pourtant j’étais libre.

 

 

Dans le La fin et le commencement (t. V de ses Mémoires), Clara Malraux avait passé sous silence les sombres années de 1941 à la fin 1944; elle y revient dans ce livre.

Dès 1941, Clara doit repartir à zéro, sans argent, sans compagnon mais, pour sa fille Florence, elle est prête à tout affronter. Elles habitent, toutes les deux, à Toulouse, une petite annexe d'une pension où logent des personnages âgées ; quand elles durent malheureusement libérer les lieu, une chambre en sous-sol devient leur logis.

Malgré quelques cours d'allemand donnés à l'extérieur par Clara, le manque d'argent se fait cruellement sentir, les tickets d'alimentation sont distribués au compte-gouttes et la pension promise par André n'arrive que par intermittence. De plus, l'hiver 1941-1942 particulièrement froid, dans un logement non chauffé, met à rude épreuve la santé déjà fragile de la petite Flo qui refuse fréquemment de s'alimenter.

De surcroît, le quotidien des juifs en France devient infernal. En zone occupée par l'ennemi, il est notamment interdit aux juifs de : s'asseoir sur les bancs des lieux publics, posséder un téléphone, se servir d'un téléphone public, exercer une profession, prendre place dans un wagon autre que le dernier dans le métro… Et le port de l'étoile jaune est imposé. Clara, prenant connaissance de ces mesures, s'estime heureuse d'être à Toulouse, pour l'instant zone libre, et non pas à Paris. Mais le gouvernement français dirigé par Pétain s'en prend aussi aux juifs. Un texte officiel exige alors que l'adhésion, pour les juifs, à une autre religion doit être attestée par un certificat de baptême. Afin de régulariser la situation de Florence, Clara la fait baptiser sans tarder. C'était sans compter sur André Malraux, inquiet également pour le sort de sa fille, qui fait établir un faux acte de baptême et l'envoie à Clara. Ce document, antidaté, est bien plus crédible que le vrai et sera d'ailleurs utilisé plus tard pour la première communion de l'enfant.

Cependant, confrontée aux épreuves, Clara a toujours préféré agir plutôt que subir et sa résistance prend forme à l'intérieur d'un réseau : le M.R.P.G.D. (Mouvement de Résistance des Prisonniers de guerre et des Déportés) fondé par Michel Cailliau, neveu du général de Gaulle. Les activités de ce groupe de résistants sont diverses : sabotage des moyens de transport et des voies ferrées, organisation d'évasions de prisonniers, faux papiers, planques, informations, distribution de tracts.

Mais, au bout de quelques mois, Clara est repérée et doit s'enfuir avec Florence. Elle sait que la police possède une photo d'elle et de sa fille. Dès lors, toutes deux se cachent, errant de ville en ville. Flo, malgré son jeune âge, est très courageuse et ne se plaint jamais; les adversités l'ont fait grandir trop vite et elle comprend tout, sans qu'elle demande d'explications.

Grâce à ses contacts, Clara réussit à obtenir des faux papiers; elle se nomme dorénavant Marie-Claire Lamy. Cette nouvelle identité rend les choses moins compliquées et permet d'attendre plus sereinement des jours meilleurs.

Puis, enfin, la Libération et retour vers Paris !

Clara fait publier le Portrait de Grisélidis qu'elle a écrit pendant la guerre ; ce roman est suivi en 1947 par La Maison ne fait pas crédit. Cette même année, le divorce est prononcé entre les époux Malraux.

La guerre est finie mais Clara continue les combats, notamment par ses prises de position pour la Yougoslavie, l'Algérie et son engagement pour Israël. Jusqu'au bout, elle s'investit pour ce qu'elle croit juste. Dans les cortèges de Mai 1968, une septuagénaire défile : c'est Clara Malraux…

 

Clara Malraux : Le Bruit de nos pas, t.  VI, …Et pourtant j’étais libre.

Dans le La fin et le commencement (t. V de ses Mémoires), Clara Malraux avait passé sous silence les sombres années de 1941 à la fin 1944; elle y revient dans ce livre.

Dès 1941, Clara doit repartir à zéro, sans argent, sans compagnon mais, pour sa fille Florence, elle est prête à tout affronter. Elles habitent, toutes les deux, à Toulouse, une petite annexe d'une pension où logent des personnages âgées ; quand elles durent malheureusement libérer les lieu, une chambre en sous-sol devient leur logis.

Malgré quelques cours d'allemand donnés à l'extérieur par Clara, le manque d'argent se fait cruellement sentir, les tickets d'alimentation sont distribués au compte-gouttes et la pension promise par André n'arrive que par intermittence. De plus, l'hiver 1941-1942 particulièrement froid, dans un logement non chauffé, met à rude épreuve la santé déjà fragile de la petite Flo qui refuse fréquemment de s'alimenter.

De surcroît, le quotidien des juifs en France devient infernal. En zone occupée par l'ennemi, il est notamment interdit aux juifs de : s'asseoir sur les bancs des lieux publics, posséder un téléphone, se servir d'un téléphone public, exercer une profession, prendre place dans un wagon autre que le dernier dans le métro… Et le port de l'étoile jaune est imposé. Clara, prenant connaissance de ces mesures, s'estime heureuse d'être à Toulouse, pour l'instant zone libre, et non pas à Paris. Mais le gouvernement français dirigé par Pétain s'en prend aussi aux juifs. Un texte officiel exige alors que l'adhésion, pour les juifs, à une autre religion doit être attestée par un certificat de baptême. Afin de régulariser la situation de Florence, Clara la fait baptiser sans tarder. C'était sans compter sur André Malraux, inquiet également pour le sort de sa fille, qui fait établir un faux acte de baptême et l'envoie à Clara. Ce document, antidaté, est bien plus crédible que le vrai et sera d'ailleurs utilisé plus tard pour la première communion de l'enfant.

Cependant, confrontée aux épreuves, Clara a toujours préféré agir plutôt que subir et sa résistance prend forme à l'intérieur d'un réseau : le M.R.P.G.D. (Mouvement de Résistance des Prisonniers de guerre et des Déportés) fondé par Michel Cailliau, neveu du général de Gaulle. Les activités de ce groupe de résistants sont diverses : sabotage des moyens de transport et des voies ferrées, organisation d'évasions de prisonniers, faux papiers, planques, informations, distribution de tracts.

Mais, au bout de quelques mois, Clara est repérée et doit s'enfuir avec Florence. Elle sait que la police possède une photo d'elle et de sa fille. Dès lors, toutes deux se cachent, errant de ville en ville. Flo, malgré son jeune âge, est très courageuse et ne se plaint jamais; les adversités l'ont fait grandir trop vite et elle comprend tout, sans qu'elle demande d'explications.

Grâce à ses contacts, Clara réussit à obtenir des faux papiers; elle se nomme dorénavant Marie-Claire Lamy. Cette nouvelle identité rend les choses moins compliquées et permet d'attendre plus sereinement des jours meilleurs.

Puis, enfin, la Libération et retour vers Paris !

Clara fait publier le Portrait de Grisélidis qu'elle a écrit pendant la guerre ; ce roman est suivi en 1947 par La Maison ne fait pas crédit. Cette même année, le divorce est prononcé entre les époux Malraux.

La guerre est finie mais Clara continue les combats, notamment par ses prises de position pour la Yougoslavie, l'Algérie et son engagement pour Israël. Jusqu'au bout, elle s'investit pour ce qu'elle croit juste. Dans les cortèges de Mai 1968, une septuagénaire défile : c'est Clara Malraux…

 

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