D/1959.05.01 — André Malraux : «Discours d’Ouargla», 1959

Le voyage au Sahara de du 27 avril au 1er mai 1959

«Discours prononcé par M. André Malraux à Ouargla, le 1er mai 1959», Paris, ministère des Affaires culturelles, s.d., [2 p.]. (? 1.117)

 

Un très bref extrait se trouve dans «De retour du Sahara M. Malraux a regagné Paris», Le Monde [Paris], n° 4440, 3-4 mai 1959, p. 5.

 


 

Discours prononcé à Ouargla le 1er mai 1959

 

Derniers paragraphes :

 

Monsieur le Maire, vous avez proclamé votre confiance dans le général de Gaulle en citant la vieille devise de la République. Peut-être est-il impossible de rendre les hommes libres, égaux et fraternels. Mais il n'est pas impossible du tout de les rendre plus libres, moins inégaux et plus fraternels. Je crois que nous y travaillons ensemble. Cela dit, écoutez bien ! Pendant quatre ans nous avons combattu sur les champs de bataille ou dans la nuit – et pendant quatre ans on nous a crié que le général de Gaulle était l'adversaire de la République; et après quatre ans il l'a rétablie. Pendant quatre ans on nous avait dit qu'il ne se souciait pas du peuple de France, et les lois capitales de justice sociale ont été faites par son Gouvernement. Et en quelques mois il a donné aux femmes françaises le droit de vote que trois Républiques et cent cinquante ans d'histoire ne leur avaient pas donné. Lorsque, le 4 septembre, j'ai remercié le peuple de Paris d'être venu au rendez-vous de l'histoire et de la République, on nous a dit que le peuple de France voterait non et le peuple de France a crié oui. Pendant dix ans on nous avait dit qu'il ne pourrait rien faire et en quelques mois il a proclamé les droits de l'homme pour quiconque se réclame de la France, la libre décision de tous depuis la Guyane jusqu'à Madagascar, en passant par la Guinée ! Femmes musulmanes qui dans cette ville venez de contrôler les bureaux de vote, ne croyez-vous pas que nous avons le droit de parler de justice et de dignité humaine ! Lorsque ce qui s'était appelé l'Empire est tombé en lambeaux, c'est au Général de Gaulle que l'on a présenté les lambeaux et il en a fait la Communauté.

Et l'une de nos tâches les plus urgentes est en effet, Monsieur le Maire, la conquête de notre fraternité. Qu'il s'agisse de l'entreprise historique qui s'appelle la Communauté, ou qu'il s'agisse modestement de cette ville. L'écho des grenades n'est pas si loin, mais que signifie-t-il si la ville musulmane qui l'entend est protégée, libre et fraternelle ? Cette foule nous crie que nous y parviendrons ensemble ! Au 4 septembre, j'ai dit à la statue de la République vers laquelle montait l'enthousiasme du peuple de Paris : «Ecoute, statue, la réponse de la vieille nef glorieuse !» Statue lointaine, regarde aujourd'hui de tes aveugles yeux de bronze, ces soldats qui sont les tiens, écoute l'appel fidèle de cette foule française d'Islam perdue dans son désert ! Elle te dit que bientôt sera inscrite sur ton socle la phrase digne du dernier officier saharien, et que la France redeviendra ce qu'elle fut lorsqu'on voyait en elle la générosité du monde; et que l'on dira d'elle, une fois de plus : «A tous les siens, elle a apporté la justice».

 

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ouaragla