Après le décès du roi le 13 octobre 2016 : hommage au roi Bhumibol et à la reine Sirikit

Malraux, Le Miroir des limbes, in Œuvres complètes, t. III, Paris, Gallimard, 1996, (coll. «Bibliothèque de la Pléiade»), p. 289-290. Malraux est à Singapour.

«Bangkok, vers 1925, était encore une des villes les plus irréelles du monde, la sœur d’Ispahan et de Pékin. Pas de gratte-ciel, pas de ponts. Sur la rive gauche, les temples couverts de morceaux d’assiettes de la Compagnie des Indes, étincelants dans le matin, et dont le vent faisait sonner les clochettes. Les portes des palais surmontées de fleurs de porcelaine serrées comme celles des bouquets de mariées, et les cornes qui hérissaient une Asie de paravent. Je ne suis pas revenu à Bangkok. Mon dernier souvenir de Thaïlande, c’est la visite des souverains en France. Le roi, dans la voiture qui nous conduisait à Versailles, m’avait dit : “J’ai fait remarquer à Baudoin [le roi des Belges] que nous seuls, les rois, sommes encore capables d’être démocrates…” Après le déjeuner, visite du château. La reine Sirikit est l’invitée qu’a préférée entre toutes le général de Gaulle. Sa beauté était liée à la grâce que le bouddhisme donne aux femmes : elles semblent toujours préparer des bouquet. Dans la chambre de Marie-Antoinette, sur un chevalet, le terrible portrait commencé dans la gloire, terminé au Temple, et retrouvé plus tard, troué en maints endroits par les piques révolutionnaires. La reine Sirikit me demanda pourquoi ces trous; je le lui expliquai. Oubliant que je connaissais un peu sa religion, au moment de partir elle dirigea ses doigts vers eux, selon le geste de la bénédiction bouddhique…»

 

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Dîner lors de la visite officielle des souverains thaïlandais à Paris, le 22 octobre 1960.

 

Un an après la visite des souverains thaïlandais en France, Paris-Match publia une série de photographies sur eux, à Bangkok. L’ensemble était intitulé «Le plus beau sourire du monde nous ouvre les portes de l’Extrême-Orient» (Paris-Match, no 656, 28 octobre 1961, p. 60-69).

 

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