Indépendances africaines : Tchad, Centrafrique, Congo, Gabon, août 1960

 
«Une ère s’achève avec le soir qui tombe…»

 
 
Article en cours d’élaboration
 
 
Dans son numéro spécial consacré à «La fin des colonies. Afrique 1960», L’Histoire note :
«1960, 1er janvier : le Cameroun annonce son indépendance, suivi par le Togo en avril, le Mali, Madagascar, le Somaliland, le Congo belge, la Somalie (qui fusionne avec le Somaliland) en juin, le Dahomey, le Niger, la Haute-Volta, la Côte d’Ivoire, le Tchad, la République centraficaine, le Congo français, le Gabon, le Sénégal, en août, le Soudan français en septembre, le Nigeria en octobre et la Mauritanie en novembre.» (N° 350, février 2010, p. 53.)
 
Plus précisément, voici les dates de la proclamation des indépendances :
  • République du Cameroun : 1er janvier 1960 (République fédérale du Cameroun dès 1961, à partir du moment ou le Cameroons britannique a rejoint l’ancienne colonie française).
  • Des territoires du Soudan français reçoivent leur indépendance le 4 avril : c’est la Fédération du Mali, composée du Sénégal et de la République soudanaise (Mali). Le 20 juin, la Fédération est totalement indépendante. Le Sénégal se retire de la Fédération le 20 août.
  • Togo : 27 avril.
  • République de Madagascar : 26 juin.
  • Somaliland (la Somalie britannique) : le 21 juin (entrera dans composition de la Somalie dès le 1er juillet).
  • Le Congo belge devient la République du Congo-Kinshasa : 30 juin (appelée République démocratique du Congo depuis 2006).
  • La République de Somalie (composée de la Somalie italienne et du Somaliland) : 1er juillet.
  • La République du Dahomey : 1er août (appelée le Bénin depuis 1975).
  • La République du Niger : 3 août.
  • La Haute-Volta : 5 août (appelée dès 1984 le Burkina Faso).
  • La République de Côte d’Ivoire : 7 août.
  • La République du Tchad : 11 août.
  • La République centrafricaine : 13 août.
  • Le Congo français (moins le Gabon) devient la République du Congo : 15 août (Congo-Brazzaville).
  • Le Gabon : 17 août.
  • La République du Sénégal : 20 août (le Sénégal se retire de la Fédération du Mali).
  • Le Mali : 22 septembre.
  • Le Nigéria : 1er octobre.
  • La Mauritanie : 28 novembre.
 
 
decolonisation
 
 
On peut remarquer que les proclamations d’indépendance se suivent en rafale, particulièrement en août : on a nommé cette série la «Promotion d’Août». Voir Indépendance de l’Afrique francophone (Actualités de 20 heures, 9 août 1970, document de l’INA).
 
Au milieu d’août, quatre proclamations se suivent en moins d’une semaine : le Tchad le 11, la Centrafrique le 13, le Congo le 15 et le Gabon le 17. C’est André Malraux, envoyé du général de Gaulle et du gouvernement français, qui remet solennellement aux quatre pays leur totale souveraineté.
 
Malraux séjourne à Fort-Lamy les 10, 11 et 12 août; à Bangui le 13; à Brazzaville les 14-15-16; à Libreville les 17 et 18 août. 
 
 
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Tchad Centrafrique  Congo  Gabon
 
afrique


 

Au Tchad (11 août 1960)tchad

 
tchad

François Tombalbaye,
André Malraux,
Jean Foyer,
17 août 1960, Fort-Lamy.

(Photo L’Essor du Tchad)

 

«Proclamation de l'indépendance de la République du Tchad, le 11 août 1960. François Tombalbaye, André Malraux (tenant une lampe torche) et Jean Foyer (dans L'essor du Tchad, 1969). “On s'était avisé qu'une indépendance ne pouvait se proclamer que d'un balcon. Au premier étage du modeste palais des gouverneurs, le plafond de la véranda formait une sorte de terrasse avec balustrade. Il fallait enjamber une fenêtre. Tombalbaye s'y risqua accompagné d'André Malraux, de Foyer, de Bourges et d'Allahou Taher. […] Dans la pénombre, il fallut l'aide d'une lampe électrique pour lire [les] discours.» (Lanne, 1992 : 452).

Source :
http://www.anthropologieenligne.com/pages/04/4.1.html 

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Récit d’Ahmat Yacoub :
 
«François Tombalbaye, premier ministre de la République du Tchad, a proclamé solennellement, le 11 août 1960, l’indépendance du pays, du haut du balcon de la présidence, face à une foule d’abord émue, puis enthousiaste. 
«Tchadiens, s’est écrié le premier ministre, nous voici au seuil de l’indépendance. Dans quelques minutes notre peuple aura gagné le droit de disposer de lui-même, le droit de choisir lui-même sa propre voie, le droit de figurer parmi le concert des nations, égal en dignité aux plus grandes… La République du Tchad souveraine n’oublie pas ce qu’elle doit à la France et au général de Gaulle dont le noble message vient d’être lu par André Malraux. Tchadiens, crions notre joie. Il est minuit. Je proclame solennellement que le Tchad est indépendant et souverain.
«Dans le message auquel Tombalbaye faisait allusion, le général de Gaulle adressait ses voeux confiants à la jeune République tchadienne et l’assurait du concours de la France.
 
«De sont côté, André Malraux, qui représentait le gouvernement français à ces cérémonies (comme à celles qui devaient se dérouler les jours suivants dans les autres Etats équatoriaux) devait exalter l’amitié franco-tchadienne, déclamant en particulier : La venue du général de Gaulle a fait du Tchad un des lieux historiques de la France libre, son retour, une libre république de la Communauté. Quelles qu’aient été dans le monde entier et pendant tant d’années, les conditions de l’histoire, la France peut être fière au moins de cette nuit : pour vous, pour nous, pour le monde, elle couronne nos rendez-vous de l’histoire et de la liberté.
 
«Peu avant minuit, au palais présidentiel, André Malraux, ayant à ses côtés Jean Foyer, secrétaire d’Etat chargé des relations avec les Etats de la Communauté, et François Tombalbaye, premier ministre, assisté d’Allahou Taher, président de l’Assemblée législative du Tchad, avaient échangé les instruments de ratification des accords de transfert des compétences de la Communauté à la République du Tchad.
 
«Une séance solennelle de l’Assemblé législative du Tchad devait marquer cette première journée de l’indépendance. Successivement, Allahou Taher, François Tombalbaye, Jean Foyer et André Malraux y prirent la parole.
 
«Allahou Tater :
«Aujourd’hui nous allons signer des accords qui, conclus en pleine indépendance, donnent tout son prix à l’amitié franco-tchadienne… Le peuple tchadien, libre et indépendant, assure les autres nations de ses sentiments pacifiques et de son amitié sincère.
 
«François Tombalbaye :
«Le général de Gaulle n’a pas oublié qu’il y a 20 ans le chemin de la liberté passait par Fort-Lamy. Lorsque les Tchadiens combattaient au Fezzan et en Tripolitaine, les maquis de Dordogne luttaient pour la liberté. Cela, nous ne l’oublions pas, pas plus que nous n’oublierons tout ce que le nom de la France représente dans ce pays.
 
«Jean Foyer :
«Le premier acte de la souveraineté, et de l’indépendance de la République du Tchad aura pour objet les dispositions de ces nouvelles relations avec la France dans une Communauté rénovée. La France n’oubliera pas ce geste d’amitié et à ce geste elle reconnaît le Tchad.
 
«André Malraux a parlé surtout de «l’espoir dont les heures commencèrent lors de la proclamation de l’indépendance» et rappelé les sacrifices des soldat tchadiens «qui combattaient avec nous et qui espéraient que nous ferions ensemble ce que nous faisons aujourd’hui.»
 
«Tombalbaye, premier ministre, a été élu à l’unanimité, président de la République du Tchad, au cours de la séance su 11 août de l’Assemblée législative tchadienne.»
 
 
Source :
YACOUB, Ahmat, «La cérémonie franco-tchadienne pour la décolonisation», in Les relations franco-tchadiennes dans les années soixante, Paris, Publibook.com, 2006, p. 45-48.
 
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Texte du discours de Malraux :
  • Le discours de Malraux a été publié sous le titre « Discours prononcé à Fort-Lamy (Tchad) le 10 août 1960 [vers minuit], par Monsieur André Malraux, ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles », Paris, ministère des Affaires culturelles, s.d., [1970], [2 p.].
  • Des extraits du discours prononcé le 11 août 1960 ont paru dans « M. André Malraux : “La France peut être fière au moins de cette nuit” », Le Monde, n° 4840, 12 août 1960, p. 5.
  • Le texte complet se trouve aussi sous le titre « Le Rendez-vous de l'histoire et de la liberté », dans Michel Cazenave, [édit.], André Malraux, Paris, éd. de l'Herne, 1982, (coll. « Cahiers de l'Herne », n° 43), p. 257-258.  
 

 

Dans la République Centrafricaine (13 août 1960)

centrafrique

 

 

Le jeune président David Dacko (30 ans)
proclame l’indépendance de la République Centrafricaine le 13 août 1960.

 

dacko
 


 

Au Congo (15 août 1960) congo

 

 

Fulbert Youlou, Président de la République congolaise :
 
«Nous sommes fiers de notre chemin de fer, de notre port, de nos ouvrages d'art, nous inscrivons comme une des plus réelles valeurs de notre patrimoine le haut degré de scolarité que vous nous avez légué et qui nous permet maintenant d'asseoir sûrement la formation de nos élites. Nous n'apprécions pas moins la structure économique déjà efficace que le secteur privé a fondé ici.»
 
André Malraux, 15 août 1960 :
 
«L'espoir est un des mots les plus  exaltants de l'histoire, parce que l'histoire est faite, entre autres choses, d'une succession de terres promises. Mais pour que les promesses soient tenues, pour qu'il demeure, de l'indépendance, autre chose que le souvenir de jours d'enthousiasme – car il existe maintes formes de dépendances, même dans l'indépendance – il n'est qu'un recours : l'Etat… Les nations ont inventé bien de formes d'Etats, depuis les théocraties de l'ancien Orient jusqu'aux Etats totalitaires ; mais l'histoire des Etats faibles a toujours été celle des nations condamnées. L'histoire prochaine de l'Afrique, sera celle de ses Etats.»
 
 
 
Des extraits du discours de Malraux ont paru sous le titre «La Proclamation de l'indépendance à Brazzaville », extrait du discours prononcé à Brazzaville, devant le monument de Savorgnan de Brazza, le 15 août 1960, Le Monde, n° 4843, 16 août 1960, p. 3.
 
 
youlou

 
Documents de l’INA : un survol de l’histoire du Congo, de 1958 à 1980 : «Un abbé et des militaires».
 

 

Au Gabon (17 août 1960)gabon

 
 
 
 
 
Sur le site de l’INA, on peut écouter Dominique Castanet parler à la radio à Libreville. On y entend aussi le discours que Malraux prononça peu avant minuit et la proclamation de l’indépendance de la République gabonaise par Léon M’Ba.
 
Voici le discours de Malraux :
 

Discours prononcé par Monsieur André Malraux,
ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles,
à l'occasion de la proclamation de l'indépendance du Gabon,
Libreville, 16 août 1960

 
Peu avant minuit.

Messieurs les Présidents,
Excellences,
Représentants du Peuple gabonais,

Bientôt va retentir la salve solennelle qui salue l'indépendance des peuples et qui retentira dans la mémoire de vos enfants comme celles qui saluaient jadis la naissance des rois.

Depuis près de huit jours, je parcours l'Afrique pour lui transmettre un message de liberté. Je redirai ici, bien entendu, ce que j'ai dit dans chacun des pays où je suis allé, car la France n'a pas changé d'opinion tous les deux jours. Mais, en cette dernière solennité, j'ai la conscience extraordinairement profonde que ce qui se joue ici est une partie du destin de l'Afrique et à coup sûr une partie du destin du monde.

Messieurs les diplomates, regardez cette assemblée. Je crains qu'elle ait de fortes raisons de ne pas sortir de votre mémoire. Ou bien ce que représentent les hommes qui tentent ici, difficilement, comme l'a dit le Président, de faire quelque chose, réussira. Alors un espoir profond, et à bien des égards admirable, sera comblé. Tout ne sera pas fini, mais enfin le cercle sera brisé, enfin quelque chose qui n'est pas seulement la fraternité, quelque chose qui est une volonté véritable d'hommes qui veulent travailler en sachant où ils vont, existera et, je le répète, peut-être alors le cercle s'arrêtera-t-il. Ou bien tout ceci est une de ces assemblées étranges comme en connut tellement l'histoire et donc il ne restera rien dans la mémoire des hommes que les assemblées des Girondins, les grands moments de rêve et de justice dont on fait les tombeaux.

Voici donc l'une des plus grandes heures qu'ait connue votre histoire. L'ère coloniale à laquelle vous avez fait allusion, Monsieur le Président, avec une dignité qui n'oubliait ni le souvenir de ce vous apportèrent les meilleurs des nôtres ni la fidélité à la douleur, est désormais révolue. Et il convient qu'elle le soit sans équivoque et sans malentendu.

Ni vous ni moi n'avons fait l'histoire du XIXe siècle. Mais dans la mesure – et vous savez qu'elle est grande – où le général de Gaulle a fait notre histoire commune, c'est bien en ce jour d'indépendance que nous devons crier : ici, elle n'a jamais été une autre histoire que celle de la fraternité. Le général de Gaulle est venu en Afrique pour y proclamer une charte des droits des peuples africains, il y est revenu pour y proposer la Communauté et j'y suis aujourd'hui en son nom pour y fêter l'indépendance. Quelles qu'aient été dans le monde entier, et pendant tant d'années, les conditions quelquefois affreuses de l'histoire, la France peut être fière au moins de cette nuit historique. Pour vous, pour nous, pour le monde, elle couronne nos rendez-vous de l'histoire et de la liberté.

Je me permets donc de m'adresser d'abord à vous, Messieurs les membres du Gouvernement et de l'Assemblée, avant de m'adresser à tous.

L'espoir est un des mots les plus exaltants de l'histoire, parce que l'histoire est faite, entre autres choses, d'une succession de terres promises. Mais pour que les promesses soient tenues, pour qu'il demeure de l'indépendance autre chose que le souvenir des jours d'enthousiasme – car il existe de maintes formes de dépendances même dans l'indépendance – il n'est qu'un recours : l'Etat.

Lénine mourant retrouve les rois de Babylone, César, Charlemagne, Napoléon. «Il n'est pas une révolution, dit-il, qui n'ait renforcé le pouvoir de l'Etat.» Les nations ont inventé bien des formes d’Etats depuis les théocraties de l'ancien Orient jusqu'aux Etats totalitaires, mais l'histoire des Etats faibles a toujours été celle des nations condamnées. Mais ne croyons pas que la forme de l'Etat se confonde avec celle de l'économie. Rome était moins riche que Carthage, les Mongols étaient démunis lorsqu'ils conquirent l'Asie, et nous pourrions compter  sur quelques Etats contemporains. De plus si le Gabon est insuffisamment développé, ses ressources deviennent considérables au moment où les techniques modernes permettent d'en envisager enfin l'exploitation.

La France vous lègue des organisations économiques, administratives, financières. Mais s'il n'y a pas d'Etat, de telles organisations, sans de telles organisations, elles ne suffisent pas à faire un Etat. Celles-ci sont désormais au service de la République du Gabon. Ce n'est pas un transfert d'attribution, c'est un transfert de destin. Elles vont devenir les instruments d'une volonté nationale dont la charge vous incombe. Je l'ai dit : une part du destin de la nouvelle Afrique et par là peut-être du destin du monde.

Et beaucoup d'Etats nouveaux croient que leur destin se confond avec leur intérêt. Mais s'il serait enfantin de croire que les Etats ignorent leurs intérêts, nous savons que tous les Etats qui ont soumis leur destin à leurs seuls intérêts ont été, depuis Carthage, condamnés à mort.

Vous avez dit, Monsieur le Président, «nous sommes prêts à accepter la collaboration de toutes les bonnes volontés d'où qu'elles viennent», acceptez, que dis-je, suscitez toutes les bonnes volontés, c'est votre devoir d'état. Le mot gouverner a le même sens en navigation et en histoire, et vous allez devoir désormais gouverner entre les accords féconds et les accords meurtriers, comme vous allez devoir gouverner entre les hommes qui croient que l'indépendance ne change rien et ceux qui croient qu'elle change tout. Mais attention aux accords meurtriers.

L'histoire prochaine de l'Afrique sera, vous le savez bien, celle de ses Etats. Il est pourtant déjà clair qu'elle ne sera pas celle de la victoire des Etats qui auront soumis leur volonté à leurs intérêts mais leurs intérêts à leur volonté.

Vous voici donc, Messieurs, en face du problème millénaire que pose l'histoire à ceux qui reçoivent le triste et fier honneur de la faire. Vous voici en face de l'indépendance. J'ai connu, des grandes heures de la joie africaine, l'anniversaire de vos Républiques dans l'exaltation et dans les danses, avec l'enthousiasme saccadé des tamtams, l'heure éclatante qui fera dire plus tard dans les temps de détresse : «les nôtres ont un jour vécu selon leur cœur», selon leur cœur, selon votre cœur et selon le nôtre, Messieurs.

Vous savez que sur toutes les routes des croisades, on trouve les tombes des chevaliers français et de la piétaille française. Sur toutes les tombes de la Révolution, celles des soldats de la République. Et sur bien des routes de la libération de la France, sur la route de cent vingt ans dont vous venez de parler, Monsieur le Président, on trouve les tombes de ceux que vous avez cités, mais aussi celles d'hommes dont nul ne connaît le rom ni la race, car Blancs et Noirs sont souvent partis ensemble comme ils sont morts ensemble, comme les derniers soldats de notre Afrique commune quand ils combattirent avec le général Leclerc puis avec moi. Parce qu'ils espéraient qu'un jour que nous ferions ensemble ici ce que nous faisons aujourd'hui, que la France tiendrait la promesse par laquelle elle répondait à la terrible promesse silencieuse de la mort.

La France renaissante que tant de ses amis d'hier osent ne juger que sur le drame algérien, la France qui vient de proclamer treize indépendances qui ignorent l'amertume et le sang, la France tient aujourd'hui cette promesse. Je retrouve dans votre joie sa tradition séculaire.

Je vous en fais témoins dans cette nuit historique, soldats de cette terre mêlés dans vos tombes incertaines, mes compagnons de combats d'hier qui serez peut-être mes compagnons éternels. C'est en votre nom peut-être oublié que je dis au premier président de votre première République souveraine, ce qui est tenté ici, grâce à tant de souvenirs fraternels, qui ont effacé les autres, grâce à vous, Monsieur le Président, grâce au général de Gaulle, est un des enjeux du destin du monde.

C'est pourquoi je vous souhaite avec confiance, du plus profond du cœur, l'Etat qui assumera notre espoir, votre espoir.

J'ai entendu tout à l'heure la dernière Marseillaise que dans ce pays on entendra seule. Dans ce temps où l'appel à la liberté a si souvent la couleur du sang, salut ! jeune République dont l'espoir est le nôtre !

Vous connaissez tous l'insigne de notre drapeau commun où une main africaine serre une main française. Monsieur le Président, votre main a toujours été fidèle au général de Gaulle, elle a même toujours été fidèle à la France. Elle eut parfois quelque mérite. Donnez-la moi devant l'Histoire, je suis heureux que ce soit la vôtre. Voici l'Indépendance du Gabon et le drapeau vivant de la Communauté !

                                                                                                                   © www.malraux.org / 2010.

23h56 : Hymne national gabonais.

17 août 1960, 00h00 : Proclamation du chef de l'Etat, Monsieur Gabriel Léon M'Ba :

«En invoquant Dieu et à la face des hommes, par la délégation des pouvoirs que je tiens du peuple gabonais et en vertu du droit de ce peuple à disposer de lui-même, je proclame solennellement l'indépendance de la République gabonaise !»

 

Télécharger le discours de Malraux.

 

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Document de l’INA : «Indépendance du Gabon», août 1960, où l’on voit et entend Malraux.

Document de l’INA : «Libreville fête un an d’indépendance gabonaise».


 
 
texte en cours d’élaboration
 
 
Autre perspective des discours d’Afrique équatoriale, autre celle du Miroir des limbes.
 

«Ce n’est pas un transfert d’attribution mais un transfert de destin.»

«De quelle savane surgissait cette foule qui désormais, en Afrique et en Asie, semblait surgir de partout ?» 

 

 

Le Miroir des limbes, in Œuvres complètes, t. III, éd. de la Pléiade, p. 487-489 :

 

«Léopold Senghor, président de la République du Sénégal, fait présenter à Dakar le plus éclatant ensemble de sculptures africaines réuni en Afrique : six cents pièces. Il y a même le moulage du masque fameux qui révéla l’art nègre à Derain et à Vlaminck, puis à tant d’autres peintres…

«L’exposition a lieu au nouveau musée de verre et d’acier, que le président vient de faire construire. Sachant par expérience que l’on ne peut rien voir pendant les inaugurations, je m’y suis rendu hier. Même lorsque je travaillais au Musée Imaginaire de la sculpture mondiale, je ne crois pas avoir éprouvé à ce degré la métamorphose des dieux. Notre musée de l’Homme est un musée ethnographique; les dieux s’y racontent leurs histoires de dieux. A quelques kilomètres d’ici, les villages aux cases coniques sont nombreux, étrangers. Les dieux ne deviennent jamais statues de façon plus saisissante que lorsqu’ils sont le plus démunis; ceux-ci, d’ailleurs, ne sont généralement que des ancêtres. L’Occident a ses saints, la Chine a ses morts, l’Afrique a ses fétiches…

«Il y a quelques années, j’ai participé aux cérémonies pour l’indépendance du Sénégal. Plus tôt, au nom du général de Gaulle, j’ai proclamé l’indépendance des pays de l’ancienne Afrique équatoriale française : Tchad, République centrafricaine, Congo, Gabon. L’Afrique équatoriale, c’était l’Afrique du Coeur des ténèbres de Joseph Conrad – la brousse à l’affût des capitales. Au Tchad… Fort-Lamy, six mille habitants lors du départ de Leclerc, devenait un magma de cinquante mille. Lorsque nous voulûmes, le président Tombalbaye et moi, aller de son palais à sa Cadillac – vingt mètres – nous dûmes traverser une sarabande  de danseurs nus peints en bleu. Sur la grand-place confuse, dix mille possédés de toutes le tribus, secoués par la même transe, étaient longés lentement par les cavaliers médiévaux de la frontière du Cameroun, chaudrons de cuivre sur la tête, chevaux écrasés par des caparaçons cubistes. L’Assemblée nationale s’ouvrirait bientôt. Autour de nous, le Tchad préhistorique, l’Afrique sans fin sur laquelle, de l’avion, j’avais vu se lever le soleil. Guadeloupe avec sa foule qui parlait français, je découvrais l’exaltation d’une communauté que martelait son fantastique comme ses pieds martelaient la terre. Danse des hommes-panthères, au centre d’un cercle d’amphores sur la tête des femmes. Hier, le mot Tchad signifiait quelques postes dans la solitude. De quelle savane surgissait cette foule qui désormais, en Afrique et en Asie, semblait surgir de partout ? Avec ses danseurs bleus, ses porteurs de masques, ses cavaliers carolingiens, le président Tombalbaye, aux joues scarifiées, devait faire un Etat.

«Animisme, islam noir. Nouveaux bâtiments du nouveau Tchad : depuis Dakar jusqu’à Brazzaville, ces édifices, au-dessus de la danse immémoriale, promettait l’Etat aux nations trépignantes…

«Mes compagnons regardaient descendre les couleurs françaises, et monter celles du Tchad, avec un colère usée que je ne partageais pas. J’ai été amené à la révolution, telle qu’on la concevait vers 1925, par le dégoût de la colonisation que j’ai connue en Indochine. Au Tchad, l’un des derniers gouverneurs français avait été un libéral, Marcel de Coppet, qui invita Gide. Le Journal de Gide me suffit : quelques hôpitaux compensaient mal «les grandes compagnies concessionnaires».

«Tous ces drapeaux nationaux montaient dans le ciel d’Afrique grâce à nous, gaullistes, qui faisions ce que nos adversaires avaient promis en vain depuis si longtemps. Si nos prédécesseurs avaient été exaltés par les empires, je l’étais, moi, par l’aventure qui nous menait sur les places africaines sans limites où vociféraient les danseurs peints, et dans les jardins présidentiels où les hommes-lions se défiaient devant des spectatrices fascinées en robe d’apparat – comme à Carthage…

«Au Gabon, la mer, l’allée océanienne des cocotiers échevelés. La grande case avec son inscription de travers : Club des métis (je n’ai mais vu le mot mulâtre). Des officiers français encore vichyssois – au large, émergeait le bateau des F.F.L. coulé. Des histoires de coupeurs de bois, car il en existait encore, et de leurs compagnes qu’ils appelaient leurs «ménagères». La forêt jusque dans Libreville. Un pays vieux. L’église ressemblait à nos églises de provinces, et l’évêque attendait en vain la statue d’un saint, qu’on lui avait promise. Quelques missionnaires. A Lambaréné, le docteur Schweitzer.»

 

 
Bibliographie en cours d’élaboration
 

Eléments de bibliographie :

 

  • AGERON, Charles-Robert; MICHEL, Marc [édit.], L’Afrique noire française : l’heure des indépendances, actes du colloque «La France et les indépendances des pays d’Afrique noire et de Madagascar, Aix-en-Provence, 26-29 avril 1990, Institut d’histoire des pays d’outre-mer – Institut du temps présent. Paris, CNRS, 1993.
  • COOPER, Frederick, L’Afrique depuis 1940, Paris, Payot, 2008.
  • DOZON, Jean-Pierre, Frères et sujets : la France et l’Afrique en perspectives, Pairs, Flammarion, 2003.
  • «La fin des colonies. Afrique 1960», dossier de L’Histoire, n° 350, février 2010, p. 40-65.
    Voir www.histoire.presse.fr.
lhistoire
 
  •  «Indépendances 1960, enfin libres !», dossier-document de Jeune Afrique, n° 2558, 17-23 janvier 2010, p. 20-32.
    Voir www.jeuneafrique.com.
  • LANNE, Bernard, Histoire politique du Tchad de 1945 à 1958 : administrations, partis, élections, Paris, éd. Karthala, 1998, (coll. «Hommes et sociétés»).
  • MESSMER, Pierre, Les Blancs s’en vont : récits de décolonisation, Paris, Albin Michel, 1998.
  • SERRE, Jacques, Biographie de David Dacko : premier président de la République Centrafricaine, 1930-2003. Documents pour servir à l’histoire de la République Centrafricaine, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • YACOUB, Ahmat, «La cérémonie Franco-Tchadienne pour la décolonisation», in Les relations franco-tchadiennes dans les années soixante, Paris, Publibook.com, 2006.
    URL : <http://books.google.ch>.
 
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