1972.01.01 — André Malraux : «Avant-propos» au “Livre noir du Bangladesh”», 1972

Le 1er janvier 1972, le ministère des Affaires étrangères de l’Union indienne publie un recueil de témoignages concernant les graves exactions que les forces pakistanaises ont commises durant la guerre de Libération du Bangladesh (26 mars – 16 décembre 1971). Malraux donne une préface à ce livre intitulé How Pakistan violated human rights in Bangladesh.


Voici la conclusion de son «Avant-propos» :

 

Le second caractère particulier de la tragédie bengalie fut l'extermination systématique, organisée, de ceux qui, au Bangladesh, avaient voté contre le maréchal Yahya. Nous connaissons maintenant les puits pleins d’intellectuels. On avait choisi. Bien choisi. Et cette fois, il ne s’agissait pas d’hindous. J’insiste, car il est facile et sinistre de faire du drame du Bangladesh (l’Occident l’a fait) une guerre de religion. Si les musulmans du Bangladesh avaient été d’accord avec Islamabad, comment la ligue Awami aurait-elle obtenu 167 sièges sur 169 ? Et qui donc ignore encore qu’un grand nombre de chefs de la résistance, ceux que le maréchal appelait déserteurs, avaient été des officiers de l’armée pakistanaise ? Que les hindous se soient sentis menacés les premiers, nul n’en doute. Mais la guerre civile, jusqu’à l’entrée en jeu de l’armée indienne, n’a pas été religieuse, elle a été nationale : celle des musulmans de Dacca, contre ceux d’Islamabad.

En mettant tout au pire (au pire, mais non au sang) le Pakistan d’Islamabad pouvait vivre sans le Bangladesh, la preuve, c’est qu’il est en train de le faire. Et lorsqu’un Etat veut à tout prix rendre une scission impossible, le plus sage est de ne pas traiter la moitié de son territoire en pays conquis. Lorsque la révolte a commencé, les soldats d’Islamabad n’étaient plus pour l’Est des concitoyens ni des coreligionnaires, ils étaient des occupants. Si l’on en doute, qu’on lise les témoignages que voici…

 

 

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© malraux.org / 7 janvier 2011

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