Art. 254, juillet 2019 | document • «Mémoires archéologiques publiés par l'Ecole Française d'Extrême-Orient» – tome I. Paris, éditions G. Vanoest, 1926. «Le Temple d'Içvarapura (Bantay Srei, Cambodge)». Extraits.

Le temple que les Cambodgiens nomment aujourd'hui Bantaey Srei (prononciation approximative : Bantéaille sreille[1]) était jadis dédié à Çiva et faisait partie d'un centre appelé Içvarapura. Ses ruines se trouvent en pleine forêt, à environ vingt-cinq kilomètres N.-E. d'Ankor Thom. Elles furent visitées pour la première fois en janvier 1914 par le lieutenant (aujourd'hui capitaine) Marec, du Service géographique, qui en rapporta deux sculptures : le groupe de Çiva-Uma, conservé au Musée de Phnom Péñ (infra, pl. 44), et une des réductions de pràsàt employées par les constructeurs comme amortissements d'angles. En raison de cette découverte récente, Bantaey ne figure ni dans le Cambodge de M. Aymonier, ni dans l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, de M. E. Lunet de Lajonquière : il se placerait dans ce dernier sous le n° 546 bis.

Deux ans après, en 1916, M. H. Parmentier en fit une première étude, dont il donna la substance, en 1919, dans son Art d'Indravarman (BEFEO, XIX, I, 66-79); il y signalait l'intérêt que présente ce monument «caractérisé par la petitesse des édifices en grès, petitesse qui est bien compensée par la perfection remarquable de l'exécution et la finesse extraordinaire, comme l'intérêt de la sculpture». Dès ce moment, Banteay Srei était marqué pour une étude spéciale. Toutefois, les exigences du programme établi pour les travaux de l'Ecole ne permirent pas d'en entreprendre aussitôt le dégagement. Un incident fâcheux le rendit bientôt urgent.

En décembre 1923, le temple fut visité par une association de pilleurs d'antiquités qui détachèrent à coups de ciseau plusieurs des figures de devatâs dont sont ornés les murs du sanctuaire Sud. L'arrestation des coupables et la saie de leur butin donna lieu à une instruction judiciaire qui nécessita des vérifications minutieuses dans les ruines : cette expertise fut confiée à M. Parmentier. A la suite d'une visite du directeur de l'Ecole à Banteay Srei, en janvier 1924, la décision fut prise d'étendre ces opérations et de procéder au dégagement complet des édifices. Le travail, conduit par M. Parmentier avec la collaboration de M. Goloubew, qui prit charge de la documentation photographique, amena la découverte de nouvelles sculptures et de plusieurs inscriptions qui jetaient une lumière inespérée sur la date et les origines du monument. Les résultats obtenus nous ont paru assez importants pour être publiés sans retard et inaugurer notre collection de Mémoires archéologiques.

[1] Nom dont le sens probable est «Citadelle magnifique».

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Les devatas prélevées par Malraux et remises en place. L’état du temple tel que Malraux, Clara et Chevasson l’ont trouvé.