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Michaël de Saint Cheron : « Malraux et le Bangladesh »

Michaël de Saint Cheron, Malraux et le Bangladesh. 50e anniversaire de l'Appel pour le Bangladesh, Paris, Gallimard, 2021.

Voir le compte rendu ci-dessous.


Quatrième de couverture

Septembre 1971. Voici cinquante ans, André Malraux s’engageait pour l’indépendance du Bangladesh, dont le peuple et les intellectuels étaient victimes de la répression du Pakistan, auquel ils étaient rattachés depuis la partition du sous-continent indien en 1947. L ‘écrivain, ancien ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle, était-il vraiment prêt, à presque soixante-dix ans, à prendre le commandement d’une brigade de volontaires internationaux, comme il le dit et l’écrivit à la suite de son « Appel pour le Bengladesh » ?
Devant les millions de victimes et réfugiés, le gouvernement provisoire du Bangladesh, installé à Calcutta, avait interpellé la communauté politique et intellectuelle internationale avec le soutien indien. André Malraux, personnellement approché, fut l'un des rares intellectuels français qui répondirent à cet appel au secours ; sa fascination pour l’Inde et la figure de Gandhi l’y rendit sans nul doute plus sensible. Il s'attira ainsi l’admiration de jeunes intellectuels, parmi lesquels Bernard-Henri Lévy, et suscita l’engagement, entre septembre et décembre 1971, de nombreux volontaires. Du 22 au 24 avril 1973, Malraux accomplit au Bangladesh, devenu indépendant à la suite de l’intervention armée de l’Inde, un voyage triomphal, où il fut reçu comme un chef d’État.
Michaël de Saint-Cheron, qui découvrit, fasciné, Malraux à travers le documentaire télévisé sur son voyage de la reconnaissance (réalisé par Philippe Halphen), diffusé le 6 juillet 1973, révèle ici les pièces du dossier restées enfouies durant cinquante ans, et montre comment le Bangladesh occupa une place tout à fait insoupçonnée dans la vie d’André Malraux au cours des années 1971-1974.


Compte rendu, par Claude Pillet

Quand ils nous valent des livres exceptionnels, il ne faut pas bouder les anniversaires. Michaël de Saint Cheron, après une trentaine d'ouvrages, nous offre Malraux et le Bangladesh au moment où l'on fête le 120e anniversaire de Malraux (3 novembre), où l'on se souvient de l'appel de l'écrivain en faveur du peuple bengali (30 août 1971) et où l'on célèbre le 50e anniversaire de l'indépendance du Bangladesh (17 décembre). La commémoration n'est pas un rite puéril : sa force est de susciter des actes ou des déclarations exemplaires, ainsi le livre dont nous parlons sous-titré 50e anniversaire de l'Appel pour le Bangladesh, 1971.

Exemplaire ou exceptionnel, le livre de De Saint Cheron l'est principalement par la mise en perspective de deux dossiers importants et inconnus jusqu'ici : les dossiers « Malraux – Bangladesh ». Le premier est celui que Malraux lui-même avait composé et que Sophie de Vilmorin offrit à notre auteur. Le deuxième est celui de la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet. C'est dire que de Saint Cheron a eu accès à des documents complètement inédits et de première importance. L'auteur a consulté les textes dus à de très nombreux journalistes, mais aussi aux personnages de premier plan : Indira Gandhi, les ambassadeurs de France ou d'Inde, Sophie de Vilmorin, Brigitte Friang… Il convoque aussi Jean Kay, qui prit en otage un avion pakistanais contre des médicaments à envoyer à Dacca. Geste très aventureux qui lui valut un procès dans lequel Malraux témoigna en sa faveur. De Saint Cheron évoque aussi Bernard-Henri Lévy qui écrivit à Malraux, voyagea au Bangladesh et publia un livre intitulé plus tard Les Indes rouges. Cependant, deux autres dossiers encore auraient pu compléter la moisson de De Saint Cheron : celui que Jean Kay a lui-même établi et celui que l'on aurait pu tirer de L'Alsace (Mulhouse) que le journaliste Patrice Hovald[1] avait mis à contribution en ce qui concerne l'appel de Malraux.

Il est de bon ton, depuis la biographie assassine d'Olivier Todd (2001), de prendre fréquemment Malraux en flagrant délit de mensonge, d'erreur ou d'exagération. Soit, mais pourquoi considérer que Malraux aurait commis un incroyable impair en ne citant aucun poète bengali au moment de son discours de réception du doctorat honoris causa à Dacca ? De Saint Cheron regrette qu'il n'ait même pas cité Tagore. L'Inde est un autre pays qu'il pratiquait depuis les années du Musée Guimet et le voyage de 1931. Il ne connaissait le Bengladesh que depuis quelques mois.

Ce reproche ne vaut rien eu égard à l'immense qualité de l'ouvrage qui traite d'un sujet non encore vraiment évoqué jusqu'ici. Il apporte une foisonnante moisson de documents et de considérations sur Malraux et le Bangladesh que personne n'avait osé publier. Il restera un livre de premier plan dans les études malruciennes.

[1] Patrice Hovald publia un important livre d'entretiens avec Malraux (Toutes ces années et Malraux) que l'écrivain voulait préfacer. La mort l'en empêcha.

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N.B. Les sources que voici, présentes sur le site malraux.org, n'ont pas pu être consultées par de Saint Cheron.