René Guetta, L'Île sans rêves, récit, Les Éditions de France, 1931, p. 10-18.
Le personnage principal est Roger Trema (sans l'accent aigu).
Roger Trema avait vingt-neuf ans. Il faisait partie de la catégorie d'hommes pour qui la vie est une promenade agréable. Après la guerre, il avait loué un rez-de-chaussée rue Spontini, où il se laissait vivre.
On aimait assez Roger Trema dans Paris. Non qu'il fût beau. Il avait un long nez, était de petite taille, et son teint était olivâtre ; mais c'était un joyeux noceur, et un rude buveur, qui suppléait à la beauté par un humour assez facile et qui plaisait.
Il était d'une grande paresse, ce qui lui donnait une nonchalance aristocratique à laquelle il n'avait pas droit. Il aimait la nuit, où tout le monde est gai. Il détestait le jour, où tout le monde est sale et pressé. Il ne se dérangeait que pour aller aux courses, où il perdait régulièrement, ce qui lui était très indifférent. Il ne connaissait, en dehors de Paris, que Chantilly, Deauville et Cannes. Le monde l'ennuyait, mais le demi-monde l'amusait, et il passait son temps dans les coulisses, ou dans l'intimité d'une femme en vogue. Roger Trema était insouciant et ne s'occupait jamais de l'avenir.
