Le rythme des actes est soutenu : non celui des mots. (Le mot /lentement/ est lent ; le mot /vite/ est rapide quoique leur présence dans un texte élude en principe ces caractéristiques. (On confond ici le temps de l'élocution et l'arrière-jeu de la sémantique.) Mes trois exemples (le char, Banteay Srei, 1934), constituent des récits itératifs externes selon des degrés divers (Genette, Figures III, p. 148), mais tous les trois sont des sommaires (le temps évoqué, réel), beaucoup plus courts que le temps, réel, du récit. Le temps de l'histoire (celui-ci) est infiniment plus long que le temps du récit (celui-là). Nous avons affaire à des résumés, comme si les ellipses prenaient presque toute la place.
À tous les trois s'ajoutent (si j'ose dire) ces ellipses, plus nombreuses qu'on y songe, marque stylistique malrucienne s'il en est. On en compte neuf de quelques jours pour neuf mois dans le troisième texte. « Char » est composé de résumés et de furtives ellipses ; « Banteay Srei », des sommaires et des ellipses ; l'itératif « 1934 » atteint une vitesse folle, les écarts temporels situés entre les faits relatés et leur relation étant bluffant (ou, du verbe /souffler/, soufflant), leurs ellipses très nombreuses.
Pourtant Françoise Theillou passe sous silence la tempête de Bône ou celle de Barcelone, comme si elle excluait de sa liste ce qui pourrait tenir de la légende, mais la reine de Saba n'est pas cachée derrière l'ouragan. Il est opportun de parler de dromomanie (ou de dromologie ; Clara : « besoin irrépressible de déplacements. Voyages compulsifs[1] »). En ce qui concerne Malraux, la liste de Clara dénonce cette affection chez son mari. Très habilement, le paragraphe ultra-rapide est cette dromomanie compulsive. D'ailleurs tout, chez cet homme, est dromomaniaque : Malraux ne fait rien reposé puisqu'il ne se repose jamais (p. 46-47).
[1] La dromologie est l'étude de la vitesse, du déplacement irrationnel car jamais satisfait. Tout voyage n'est-il pas circulaire ou un fragment de cercle ? Cette courbure du voyage alimente et conditionne la dromologie.
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