R. Lacam, «La Tribune des lecteurs. J'ai vu Malraux face au peloton. », «Paris Match», 28 août-4 septembre 1954, n° 283, p. 3.

Lacam, «La Tribune des lecteurs. J'ai vu Malraux face au peloton. », Paris Match, 28 août-4 septembre 1954, n° 283, p. 3.

 

De M. R. Lacam, industriel à Gramat (Lot) :

 

Je peux apporter d'intéressantes précisions sur un épisode de la vie d'André Malraux que vous évoquez dans votre numéro 273.

Le chef de la colonne allemande qui captura le maquisard André Malraux avait établi son P.C. chez moi. C'est ma femme qui, par deux fois, s'est jetée aux pieds de cet officier pour lui demander vie sauve pour un prisonnier dont elle ignorait l'identité.

Dix ans ont passé, mais elle garde le souvenir d'un homme en tenue d'officier allié, abattu, fatigué, blessé légèrement à la tête, mais souffrant manifestement d'une blessure au genou qui lui rendait la position debout extrêmement pénible. Cet homme fut placé deux fois devant un peloton d'exécution et à chaque fois se redressa, faisant face à la mort avec une dignité extrêmement courageuse, sans «chiqué»

Ma femme ne croit pas que ce soit son dernier argument, traduit par un interprète au hauptmann, qui fit surseoir à l'exécution, mais au fait que le chef voulait connaître l'identité de celui qu'il sentait être «une huile» avant de le faire fusiller, car Malraux, à Gramat, n'a jamais fait «l'aveu orgueilleux» de son nom.


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